Au-delà du désir, le rôle social du téléphone rose pendant la pandémie
Le téléphone rose, longtemps perçu comme un simple service de divertissement à connotation érotique, a révélé pendant la pandémie du Covid-19 une dimension plus profonde et plus humaine. En devenant un espace d’écoute privilégié, il a offert à de nombreux appelants un soutien psychologique inattendu, transformant ainsi l’appel téléphonique en une véritable séance de thérapie par la parole.
Un moment d’écoute bienveillant
L’isolement imposé par les confinements a exacerbé les sentiments de solitude et d’anxiété chez de nombreuses personnes. Faute de contacts physiques au sein de leurs réseaux sociaux habituels et confrontés à l’incertitude de l’avenir, elles se sont tournées vers le téléphone rose à la recherche d’une oreille attentive.
L’un des atouts majeurs du service réside dans l’anonymat qu’il offre. Les appelants peuvent se confier sans crainte d’être jugés, ce qui leur donne la liberté de laisser libre cours à leurs émotions les plus intimes sans crainte du jugement. Cette « distance » a favorisé un climat de confiance propice pour se décharger d’un poids émotionnel souvent trop lourd à porter seul.
Par nature légers et divertissants, les échanges se sont souvent transformés en véritables séances de thérapie. Les appelants ont pu exprimer à haute voix leurs peurs, leurs doutes, leurs difficultés relationnelles ou professionnelles. La distance géographique a certainement contribué à cette aisance, sans compter que la durée limitée des appels a pu représenter un avantage pour ceux qui ne souhaitent pas s’engager dans une « vraie »thérapie plus longue.
Une relation « thérapeutique » singulière
Les opérateurs, formés à l’écoute active, ont joué un rôle essentiel en leur offrant une oreille bienveillante, compatissante. Habitués à traiter le sujet encore trop fréquemment tabou de la sexualité, ceux qui sont devenus de vrais confidents, se sont efforcés de participer au processus cathartique en laissant leurs interlocuteurs verbaliser leurs problèmes et ainsi, soulager les tensions et alléger leur charge émotionnelle.
Simplement par leur écoute active, ils les ont aidés à relativiser leurs soucis, et à rompre leur isolement, sans se positionner comme des donneurs de leçons ou de conseils, ou des prescripteurs de solutions toutes faites.
Tout en gérant des situations plus complexes, ils ont su préserver l’aspect « désir » et « rencontre sexuelle », en jouant sur les envies d’ailleurs, les fantasmes d’évasion qui ont émergé dans le contexte très particulier du confinement. Encore une fois, le téléphone rose a démontré son pouvoir sur l’imaginaire collectif, et rappelé que chaque appel cache une histoire.
Dans son livre « Si j’avais su : l’enfer du téléphone rose », Michaël Bijaoui, l’un des premiers opérateurs de téléphone rose en France, a livré des anecdotes saisissantes et témoignages poignants de situations aussi inattendues qu’émouvantes. Car le cœur de cette activité reste l’humain, et en tout temps, quelqu’un, quelque part, a toujours besoin de réconfort, ou simplement d’un peu d’attention.